07fév.2009
Les institutions bancaires et Thomas Jefferson
Petite mise à jour de ce billet.
À la faveur de la crise provoquée par nos institutions bancaires quasi étatiques, de nombreux blogueurs reprennent une citation célèbre attribuée à Thomas Jefferson (en 1802), père fondateur et président des États-Unis.
I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies. If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around the banks will deprive the people of all property until their children wake-up homeless on the continent their fathers conquered.
Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet, un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise.
Voyons d'abord ce qu'il en est de l'authenticité de cette citation. le site "Jefferson Encyclopedia" s'est déjà intéressé à la question. Il résument leurs conclusions en quatre points.
- Ils n'ont trouvé l'intégralité de la citations dans aucun de ses écrits.
- La 1ére partie n'a a pas été trouvée, mais de surcroit les termes "inflation" et "déflation" n'étaient pas en usage à l'époque.
- La partie intermédiaire pourrait au plus être une paraphrase extraite d'une lettre de 1816 à John Taylor.
- Sur la dernière partie, elle est introuvable, Jefferson à en revanche écrit en 1813 que l'émission de billets devrait être exclusivement réservée au parlement.
L'authenticité de cette citation est donc au minimum très douteuse.
Mais que cela ne nous empêche pas de nous pencher sur le contexte historique ou cette "citation" aurait pu être faite.
Le métier de banquier n'a à l'époque, que peu de points communs avec celui que nous connaissons, nombre des termes qui sont employés dans cette "citation" comme, contrôle de la « monnaie », « inflation », « déflation » nécessitent une bonne culture en science économique pour être compris.
La norme en matière de monnaie est à cette époque la monnaie marchandise (or, argent, bronze, cuivre selon les pays). Les banquiers ont pour principale activité le stockage de l'or et l'émission en contrepartie d'instruments de payements que sont les billets. La quantité de ces billets en circulation est alors limitée en situation de concurrence bancaire (et donc en l'absence de privilèges étatiques) par les besoins de liquidité en or des déposants. C'est donc les obligation contractuelle et commerciale (réputation) de toujours pouvoir répondre à une demande de retrait en or d'un client, et non pas des règlementations pléthoriques qui restreignent l'usage de la planche à billets.
En 1791 Alexander Hamilton et Georges Washington sont les piliers du Parti fédéraliste, leur combat politique est celui d'une Amérique Fédérale qui accorde donc un pouvoir souverain à l'État central. Leurs adversaires sont Thomas Jefferson et pour l'occasion James Madison partisans respectivement, d'une Confédération, qui laisse donc la plus grande souveraineté aux États et d'une limitation constitutionnelle forte (Madison et le rédacteur du « Bill of Rigths »).
Alexander Hamilton alors ministre des Finances (Secretary of the Treasury) sous la présidence de Georges Washington, promulgue la création de la 1ére banque centrale des États-Unis (First Bank of the United States). Cette Institution Fédérale dispose de plusieurs caractéristiques notables, c'est une banque de droit privée, elle est instituée pour 20 ans jusqu'en 1811.
Sont capital social est alors de dix millions de Dollars or dont deux sont issus du gouvernement et huit d'actionnaires privés. Pour la plus parts, ces actionnaires privés sont de nombreux membres du congrès et de riches notables, propriétaires terriens, armateurs, commerçants, banquiers...
Cette Institution dispose immédiatement de deux privilèges, le « cours légal », c'est à dire de l'obligation pour tous d'accepter ces billets en remboursement d'une dette quelconque, et l'obligation de les utiliser le payement des taxes. Deux avantages qui bien naturellement lui permettent d'étendre rapidement son influence dans les grandes villes des États-Unis au détriment de ses concurrents et au bénéfice de ses actionnaires.
Il ne fallut pas deux mois d'ouverture pour que, en inondant le marché de prêts à taux réduits avant de remonter ceux-ci brusquement, cette première « banque centrale » cause la première crise financière des États-Unis, appelée aussi « panic of 1792 ».
En 1795 l'État (surprise), fortement endetté regroupant à lui seul 60% des emprunts faits à la Banque, Oliver Wolcott, Jr. Successeur d'Alexander Hamilton au poste de « Secretary of the Treasury » propose la vente des parts détenues par le gouvernement, les membres du congré, dont un grand nombre, sont déjà actionnaires votent avec empressement cette disposition malgré l'opposition de Hamilton.
En 1801 Thomas Jefferson est élu président des États-Unis.
En 1811 les privilèges de la banque ne seront pas renouvelés, de justesse.
Commentaires
dimanche, décembre 21 2008 | 13:15
Apparemment, cette citation n'est pas de lui.
http://wiki.monticello.org/mediawik...)
De même, le Liberty Fund a l'intégral des citations de Jefferson, et on ne la trouve pas dedans.
http://oll.libertyfund.org/index.ph...
Jefferson était pro-banque libre et pro-gold. Donc pour les banques privées, mais pas organisées en mono/oligopole, comme aujourd'hui, avec la banque centrale.